Publication des collections de l'EFEO
DESCRIPTION
Le Tibet est défini comme un ensemble de trois provinces (le Tibet central (dBus-gTsang), l’A mdo et le Khams), dont chacune avait son propre mode d’organisation et fonctionnait de façon quasiment autonome par rapport aux autres. Son administration se trouvait à Lhasa, dans la province du dBus. Des fonctionnaires ou des militaires décentralisés (appelés chefs de district (rdzong dpon) et des gouverneurs militaires (spyi rgyab) représentaient l’autorité en province). Cependant, d’autres influences s’exerçaient dans chacune de ces provinces où soit des institutions bouddhiques fonctionnaient de manière autonome, soit des principautés jouissaient d’une indépendance ou d’une autonomie de facto. Le Tibet représentait donc un conglomérat de provinces, qui chacune était composée d’agrégats indépendants ou autonomes. De fait, il était rare que l’autorité interne (le gouvernement tibétain) ou une autorité externe (les gouvernements mongol, mandchou et chinois jusqu’à une époque récente) ait pu étendre sa gouvernance sur l’ensemble des trois provinces tibétaines. L’autorité, d’où qu’elle émanait, ne s’exerçait que sur un royaume ou une partie du Tibet et à une époque donnée.
Les luttes internes, mais aussi l’évolution de la situation générale en Asie, faisaient que le Tibet, qui géographiquement se situait au centre du continent asiatique, après avoir représenté une force militaire conséquente (de 650 à 822) se retrouvait au cœur de l’expansion des empires nomades, russe et britannique au même titre que la Chine. Au début du 20e siècle, l’avancée des troupes britanniques jusqu’à Lhasa (1904) décida Pékin à intervenir au Khams (1910). Des principautés du Khams furent alors incorporées dans la structure administrative chinoise et l’idée de la création d’une nouvelle province chinoise (le Xikang) qui couvrirait la province tibétaine du Khams émergea. Des négociations furent entamées à Simla entre les Tibétains, les Chinois et les Britanniques en Inde (1913). Elles entérinèrent la division du Tibet en deux parties. Les négociations de Simla révélèrent combien il était difficile de tracer une frontière linéaire entre les deux pays. Les Britanniques proposèrent la création d’une zone frontière qu’ils définissaient comme étant une grande étendue de terres qui sert d’État-tampon entre deux États, et dont le tracé est soit clairement défini, soit marqué physiquement. Pour les Chinois, la frontière entre la Chine et le Tibet n’existait pas et seule une restructuration administrative pouvait être évoquée. Ainsi, pour les Chinois, la région tibétaine du Khams, tout comme le Tibet central, n’était alors en rien une frontière, dans le sens défini par les Britanniques, mais bien deux régions chinoises qui devaient être délimitées par des tracés administratifs internes. Pour les Tibétains, le Khams était une province tibétaine à l’instar des deux autres provinces tibétaines, le Tibet central et l’A mdo. Les trois points de vue étaient inconciliables. Les Britanniques proposèrent alors la division du Tibet en deux zones : un Tibet Extérieur autonome (le Tibet central) et un Tibet Intérieur sous suzeraineté chinoise (le Khams et l’A mdo). Les Tibétains acceptèrent cette démarche tandis que les Chinois refusaient de ratifier la Convention en 1914.
Á la suite de ces négociations, et durant toute la première moitié du 20e siècle, le Tibet central resta indépendant de facto, tandis que les provinces du Khams et de l’Amdo subissaient la volonté étatique chinoise de construire un État unifié qui se reconnaisse dans un gouvernement unique qui intègre des régions jusqu’alors contrôlées de jure mais pas de facto. Les Tibétains continuèrent à administrer les principautés du Khams comme par le passé et des mouvements de résistance contre la présence nationaliste chinoise se formèrent sans cesse. Malgré la création d’un gouvernement provincial (1939), le projet de création de la province du Xikang fut finalement abandonné (1955) et les parties du Khams censées avoir été incorporées à cette future province furent placées sous les administrations des provinces chinoises du Sichuan et du Yunnan. La plus grande partie du territoire de la province tibétaine de l’Amdo devint la province chinoise du Qinghai tandis que le reste était inclus dans les provinces chinoises du Gansu et du Sichuan.
Fabienne Jagou
Le Tibet est défini comme un ensemble de trois provinces (le Tibet central (dBus-gTsang), l’A mdo et le Khams), dont chacune avait son propre mode d’organisation et fonctionnait de façon quasiment autonome par rapport aux autres. Son administration se trouvait à Lhasa, dans la province du dBus. Des fonctionnaires ou des militaires décentralisés (appelés chefs de district (rdzong dpon) et des gouverneurs militaires (spyi rgyab) représentaient l’autorité en province). Cependant, d’autres influences s’exerçaient dans chacune de ces provinces où soit des institutions bouddhiques fonctionnaient de manière autonome, soit des principautés jouissaient d’une indépendance ou d’une autonomie de facto. Le Tibet représentait donc un conglomérat de provinces, qui chacune était composée d’agrégats indépendants ou autonomes. De fait, il était rare que l’autorité interne (le gouvernement tibétain) ou une autorité externe (les gouvernements mongol, mandchou et chinois jusqu’à une époque récente) ait pu étendre sa gouvernance sur l’ensemble des trois provinces tibétaines. L’autorité, d’où qu’elle émanait, ne s’exerçait que sur un royaume ou une partie du Tibet et à une époque donnée.
Les luttes internes, mais aussi l’évolution de la situation générale en Asie, faisaient que le Tibet, qui géographiquement se situait au centre du continent asiatique, après avoir représenté une force militaire conséquente (de 650 à 822) se retrouvait au cœur de l’expansion des empires nomades, russe et britannique au même titre que la Chine. Au début du 20e siècle, l’avancée des troupes britanniques jusqu’à Lhasa (1904) décida Pékin à intervenir au Khams (1910). Des principautés du Khams furent alors incorporées dans la structure administrative chinoise et l’idée de la création d’une nouvelle province chinoise (le Xikang) qui couvrirait la province tibétaine du Khams émergea. Des négociations furent entamées à Simla entre les Tibétains, les Chinois et les Britanniques en Inde (1913). Elles entérinèrent la division du Tibet en deux parties. Les négociations de Simla révélèrent combien il était difficile de tracer une frontière linéaire entre les deux pays. Les Britanniques proposèrent la création d’une zone frontière qu’ils définissaient comme étant une grande étendue de terres qui sert d’État-tampon entre deux États, et dont le tracé est soit clairement défini, soit marqué physiquement. Pour les Chinois, la frontière entre la Chine et le Tibet n’existait pas et seule une restructuration administrative pouvait être évoquée. Ainsi, pour les Chinois, la région tibétaine du Khams, tout comme le Tibet central, n’était alors en rien une frontière, dans le sens défini par les Britanniques, mais bien deux régions chinoises qui devaient être délimitées par des tracés administratifs internes. Pour les Tibétains, le Khams était une province tibétaine à l’instar des deux autres provinces tibétaines, le Tibet central et l’A mdo. Les trois points de vue étaient inconciliables. Les Britanniques proposèrent alors la division du Tibet en deux zones : un Tibet Extérieur autonome (le Tibet central) et un Tibet Intérieur sous suzeraineté chinoise (le Khams et l’A mdo). Les Tibétains acceptèrent cette démarche tandis que les Chinois refusaient de ratifier la Convention en 1914.
Á la suite de ces négociations, et durant toute la première moitié du 20e siècle, le Tibet central resta indépendant de facto, tandis que les provinces du Khams et de l’Amdo subissaient la volonté étatique chinoise de construire un État unifié qui se reconnaisse dans un gouvernement unique qui intègre des régions jusqu’alors contrôlées de jure mais pas de facto. Les Tibétains continuèrent à administrer les principautés du Khams comme par le passé et des mouvements de résistance contre la présence nationaliste chinoise se formèrent sans cesse. Malgré la création d’un gouvernement provincial (1939), le projet de création de la province du Xikang fut finalement abandonné (1955) et les parties du Khams censées avoir été incorporées à cette future province furent placées sous les administrations des provinces chinoises du Sichuan et du Yunnan. La plus grande partie du territoire de la province tibétaine de l’Amdo devint la province chinoise du Qinghai tandis que le reste était inclus dans les provinces chinoises du Gansu et du Sichuan.
Fabienne Jagou
Oeuvres 1 à 100 sur 1537 correspondant à Fonds Chine-Tibet [Fonds].